Leadership positif, bien-être au travail et performance.

 

Le leadership positif comme prévention contre le stress chronique et le burn-out.

 

Stress et burn-out

 

Alors que plusieurs directives européennes traitent de la prévention du stress depuis 1989, la France ne dispose pas de réglementation spécifique à la prévention du stress au travail, mais elle définit cependant une obligation générale de sécurité qui incombe à l’employeur. Par ailleurs, l’accord national interprofessionnel de 2008 fournit une définition partagée de l’état de stress afin de favoriser la prise de conscience et de mettre en place des actions curatives ou, de préférence, préventives. Depuis 2009, un arrêté rend obligatoire l’application de cet accord pour l’ensemble des entreprises.

 Si nous sommes donc à peu près tous d’accord pour dire ce qu’est le stress, les mesures de prévention et de lutte contre celui-ci restent assez floues. Les entreprises sont très réticentes à ouvrir le débat sur la question, de crainte d’attirer les projecteurs et de devenir rapidement suspectes.

Le stress reste vécu en France comme une menace, sauf quand certains identifient un stress soi-disant « positif ». A la vérité, le stress est une réaction physiologique saine, il s’agit d’un avertisseur. Le stress est normal et sain. Le stress est problématique lorsqu’il devient chronique ou irréversible donnant alors lieu au burn-out.

Cette vision du stress en fait une espèce de syndrome menaçant contre lequel il faut lutter sans trop le dire.

 L’enquête ANACT-CSA de 2009 fait ressortir que 41% des salariés français se sentent stressés voire très stressés. L’étude Opinion Way de 2011 quant à elle montre que 75% des cadres français se sentent stressés voire très stressés, avec 57% des sondés qui considèrent que ce stress a un impact négatif sur la qualité de leur travail.

 Stress et indicateurs clés de la psychologie positive

 

Ces études montrent aussi par exemple l’importance du climat de travail, du soutien des collègues et de la hiérarchie. Et alors que l’argent est le plus couramment cité pour motiver les salariés, il s’avère que ceux-ci évoquent de plus en plus la notion de sens du travail.

Le leadership positif apporte des solutions nouvelles, qui non seulement permettent d’apprendre à gérer le stress, mais aussi à promouvoir la résilience, augmenter le bien-être, et, par voie de conséquence, améliorer la performance et les résultats économiques de l’entreprise.

Le leadership positif s’appuie sur les émotions positives qui, comme on l’a vu dans la vidéo dédiée à ce thème, génèrent une meilleure productivité au travail.

Le leadership positif se centre sur ce qui va bien : ce qui fait grandir les individus, ce qui fonctionne bien dans l’organisation et qu’il s’agit de développer.

Les émotions positives produisent une transformation organisationnelle car chaque émotion positive individuelle rejaillit sur l’ensemble des membres de l’organisation. Les émotions sont contagieuses. Celles des leaders positifs particulièrement puisque, de leur place, et compte tenu de leur personnalité qui les a amenés à cette place, ils rayonnent plus largement et transmettent leur positivité à un plus grand nombre de personnes.

Le leadership positif agit sur différents domaines :

-          il favorise un climat de travail positif, c’est-à-dire un climat de travail au sein duquel les émotions positives prédominent sur les émotions négatives. Il a été montré combien un tel climat prévient le stress, l’anxiété et encourage la confiance ;

-          il favorise des relations constructives entre les salariés et une communication positive ;

-          il permet de capitaliser les forces des salariés d’une équipe, de les mettre en synergie ;

-          il donne un sens au travail individuel et collectif ;

-          au final, il favorise le bien-être et développe la capacité de résilience de l’équipe.

 Des chercheurs ont montré que dans les organisations hautement performantes, le ratio entre les retours positifs (apprécier, féliciter…) et les retours négatifs (comme critiquer, désapprouver, montrer son insatisfaction…) est de 5,6 pour 1 : on note 5 fois plus d’encouragements que de critiques dans les équipes engagées !

Dans les organisations moyennement performantes, ce ratio est de 1,85 pour 1 et dans les organisations faiblement performantes, il passe à 0,36 pour 1.

 

Bien sûr, tous les feedbacks ne sont pas porteurs de messages agréables. Les messages négatifs ont aussi à être transmis. C’est justement pour pouvoir évoquer les difficultés, les erreurs, les insatisfactions, qu’une communication positive doit être mise en place. Les messages négatifs ne seront pas présentés de la même façon par le hiérarchique, ni appréhendés de la même façon par le collaborateur. Celui-ci ressortira non pas affaibli, mais au contraire renforcé par l’analyse de son erreur. Si les deux sont convaincus de la capacité de réussir de celui qui a fait l’erreur, si ses réussites ont été valorisées à leur juste valeur par le passé, capitalisant alors une confiance en lui, la critique ne sera pas formulée et accueillie de la même façon.

 

Comme présenté dans la vidéo sur les émotions positives, il a été montré que les personnes qui expérimentaient 3 émotions positives pour 1 négative chaque jour, tendaient vers l’épanouissement mental et la performance dans la réalisation de leur travail.

Ces émotions positives favorisent, dans l’équipe, une qualité de communication qui va bien au-delà du simple échange d’informations. Cette interconnexion est le moyen par lequel des actions coordonnées se mettent en place. Cette coordination, cette synchronicité (on dit parfois cette fluidité) est source de productivité.

 

Les outils du leader, ce sont ses forces, et sa capacité à se centrer sur les forces des collaborateurs qu’il encadre. On a pu montrer la différence de réussite entre une équipe dont le leader ne se focalisait pas sur les forces de ses membres, et une équipe dont le leader savait parfaitement exploiter et encourager les forces de chacun pour la réussite du collectif.

Les bons leaders savent aussi s’entourer des bonnes personnes pour optimiser leur équipe. Ils savent aussi écouter les besoins de leurs collaborateurs. Lorsqu’on demande à ceux-ci pourquoi ils suivent un leader, les collaborateurs évoquent quatre éléments : la confiance, la compassion, la stabilité et l’espoir.

Les salariés qui sont ainsi managés, développent une motivation très profonde pour leur travail. Leur travail prend sens, devient un but, une satisfaction en soi. Ils intègrent, ils internalisent les objectifs de leur organisation comme si c’était les leurs. Ils adoptent un comportement loyal, et sont fiers des valeurs de l’entreprise.

Il est important de signaler que le sens du travail n’a pas à voir avec la nature du travail, mais plutôt avec l’interprétation que chacun en fait. Tout type de travail peut fournir du sens.

 

On a aussi observé que la positivité se traduisait par une forme d’héliotropisme.

Il a été démontré il y a plusieurs siècles que les systèmes comme les personnes avaient tendance à être attirées par la lumière. Tous les systèmes vivants fonctionnent ainsi, des bactéries aux mammifères, ils sont constitués pour se diriger vers le positif. L’être humain ne fait pas exception. On a ainsi pu montrer que chaque fois qu’une personne agissait pour le bien commun ou pour améliorer le sort des autres, il envoyait une onde d’espoir qui attirait les personnes alentours.

Le baromètre du bien-être au travail permet d’évaluer le niveau de bonheur au travail dont un des aspects est le sens du travail.

La formation au leadership positif permet de développer sa capacité de résilience et de rayonnement pour soi et pour l’équipe.

 

 

Emotions positives et bien-être au travail.

 

Les émotions positives font du bien, certes… mais au-delà ? Qu’en est-il ? 

 

 

Depuis plus de dix ans, de nombreux chercheurs se sont penchés sur la question de l’importance des émotions positives au-delà du sentiment agréable qu’elles procurent.

 

Il a par exemple été montré que les émotions positives influençaient un changement cognitif chez celui qui les vit, en élargissant le champ de son attention. C’est-à-dire que la personne qui vit des émotions positives perçoit plus d’éléments de son environnement, à l’inverse des émotions négatives qui réduisent le champ de l’attention et amènent la personne à se focaliser sur des informations négatives. On a pu montrer par exemple qu’une personne anxieuse portait plus facilement son attention sur une menace. Inversement, une personne joyeuse focalise son attention sur un espace plus grand, intégrant ainsi, outre la menace (si tenté que celle-ci existe réellement d’ailleurs), des éléments positifs. Ainsi, elle a plus de chance de trouver des réponses à ses questions, elle est plus créative, plus innovante. Elle aura aussi tendance à rechercher des solutions gagnant-gagnant. L’émotion positive a des effets sur notre mode de pensée qui a elle-même des répercussions sur nos façons d’agir et de nous comporter.

 

Mais ce n’est pas tout. On a également montré que les émotions positives favorisaient l’élargissement de la cognition sociale, c’est-à-dire la façon dont nous nous considérons par rapport aux autres. Les personnes vivant des émotions positives développent ce que les chercheurs nomment « l’expansion de soi », c’est-à-dire cette capacité à repérer des similarités entre soi et les autres. Et cela y compris en réduisant le « biais intra-racial » favorisé par les différences physiques.

 

Les chercheurs se sont ensuite intéressés au rôle des émotions positives dans le développement du bien-être et de l’épanouissement.

Ils ont pu montrer que les personnes qui vivaient des émotions positives ou les généraient eux-mêmes par des exercices dédiés, développaient une meilleure acceptation de soi, une meilleure santé physique, de meilleures relations aux autres, des compétences plus affirmées, et trouvaient plus facilement un sens à leur vie. Au fil des exercices, les personnes développent, au-delà même d’une plus grande satisfaction et d’un bien-être, un plus haut niveau d’épanouissement.

Car l’épanouissement va au-delà du bien-être : il s’agit effectivement d’être satisfait de sa vie et ne pas avoir de souci de santé, mais les personnes épanouies fonctionnent aussi mieux que les autres. Aux Etats-Unis, les études ont montré qu’environ 20% des adultes étaient dans ce cas.

 

On peut donc dire que si les émotions négatives sont nécessaires car elles nous permettent de rester en vie, elles limitent notre champ de vision et nos possibilités d’action. Se laisser submerger par ses émotions négatives, ressasser comme on dit, peut devenir réellement toxique et potentiellement dangereux pour la santé psychique et physique.

Ignorer les émotions positives, à l’inverse, revient à passer à côté d’une vie pleine de sens et épanouie. C’est une question d’équilibre. Il ne s’agit pas de réduire à néant les émotions négatives, il s’agit de les utiliser pour ce à quoi elles nous sont utiles : la peur prévient d’un danger, la colère pose des limites…

Par contre, se montrer anxieux vis-à-vis du futur, regretter le passé, interdit de profiter des choses présentes et de les savourer. On peut passer à côté de choses merveilleuses dans son présent en étant trop focalisé sur le passé et le futur.

 

Barbara Frederickson a montré qu’un ratio de 3 émotions positives pour 1 émotion négative conduit à un basculement vers une vie plus positive, dans laquelle la personne devient plus résiliente, plus heureuse sur le fond, plus épanouie.

Une personne qui développe volontairement ses émotions positives, en s’engageant bénévolement, en pratiquant la méditation, en s’ouvrant aux autres, en pratiquant une activité physique, en faisant des exercices de psychologie positive, ouvre son chemin vers plus d’épanouissement.

Car l’épanouissement fonctionne sous forme d’une spirale inflationniste : plus je me sens bien, plus je ressens d’émotions positives qui ouvrent mon champ de vision, et favorisent ma créativité. Cette nouvelle façon de voir va de nouveau me procurer des émotions positives, etc… sachant qu’il existe un point de basculement, un point de non retour positif !

 

Qu’en est-il plus précisément des émotions telles que la compassion, l’empathie, la gratitude, particulièrement sur le lieu du travail ?

 

La compassion sur le lieu du travail

 

La compassion est une disposition à la perception et la reconnaissance de la difficulté d’autrui, entraînant une réaction de solidarité.

Des chercheurs ont montré l’impact favorable de la compassion sur la performance dans l’entreprise. Trouver des solutions ensemble pour générer le succès collectif crée un cercle vertueux ou chacun a intérêt à aider son collègue au-delà de la satisfaction personnelle que chacun en retire. Développer l’attention des uns envers les autres, le sentiment d’appartenance à un collectif, la recherche de solutions partagées, sont des moyens d’encourager ce cercle vertueux.

 

Le pardon

 

La notion de pardon est importante particulièrement après des événements douloureux, des décisions difficiles dans l’entreprise, qui ne satisfont pas tout le monde. Les conflits sociaux, les grèves, par exemple, peuvent être suivies de sentiment rancunier, de volonté de revanche. La déviance positive est une réponse plus propice pour retrouver le chemin de la croissance, en recherchant des solutions créatives, innovantes associant l’ensemble des collaborateurs. Cela n’empêche pas de marquer ses positions, et à chaque acteur social de remplir son rôle par la suite. Le dialogue social repose sur des échanges, parfois rudes, mais nécessaires pour avancer ensemble.

 

La gratitude

 

Les expériences de gratitude augmentent la conscience du lien avec les personnes bienveillantes vis-à-vis de soi. Ainsi, en pensant à tout le bien que ces personnes me font, j’élargis ma vision en pensant à l’importance que ces personnes représentent dans ma vie, cela renforce le sens et l’intensité de ce lien ainsi que mes propres ressources internes.

La santé mentale et physiologique, le fonctionnement cognitif, la performance au travail sont substantiellement supérieurs dans les collectifs où le sentiment de gratitude est important. Par ailleurs, on sait que la gratitude exprimée par une personne dans un groupe encourage les collègues à exprimer eux aussi leur gratitude, favorisant ainsi un cercle vertueux au sein du collectif de travail.

Ainsi des actes aussi banals que remercier, féliciter, dire sa gratitude, ont un impact considérable sur la performance individuelle et collective.

 

Le travail comme but en soi

 

Apprécier son travail pour ce qu’il apporte en tant que tel, a également un impact positif très fort, incluant la diminution du stress, de la dépression, du turn-over de l’absentéisme , du cynisme… et inversement augmentant la capacité d’efforts, l’engagement, l’autonomie, le plaisir, le sentiment de vivre pleinement.

Les personnes qui vivent pleinement leur travail, sont moins attentives aux conditions matérielles dans lesquelles elles l’exercent car elles sont davantage tournées vers la réalisation de leurs buts.

 

Le rire et l’humour

 

Le rire est bon pour la santé : il renforce le système immunitaire en général, les systèmes cardio-vasculaire, respiratoire et digestif, il réduit le stress, contribue à améliorer le sommeil…

Les émotions positives produites par le rire améliorent donc la santé en renforçant le système immunitaire.

Le rire (comportement) est souvent associé à l’humour (construction cognitive). L’humour est utilisé par certaines personnes pour faire face au stress. Avoir recours à l’humour rend de meilleure humeur, génère donc des émotions positives et permet de mieux dépasser les difficultés. Sans compter que le rire est communicatif, et que l’humour est souvent un acte de partage. Le rire et l’humour sont donc favorables à leur auteur, mais aussi à son entourage.

 

L’estime et l’admiration

 

Estimer et admirer de grands leaders est aussi source d’émotions positives développant notre inspiration dans des périodes difficiles. Au travail, estimer ses collaborateurs, être fier de son entreprise, admirer les leaders, est tout à fait favorable à la performance individuelle et collective.

 

Emotion positive et résilience

 

Face à l’adversité, les individus résilients montrent une meilleure réaction, une capacité à rebondir et à développer une plus grande flexibilité pour s’adapter aux différentes situations stressantes de leur vie. Même si les chercheurs continuent d’explorer ce phénomène, de nombreuses études montrent que les personnes résilientes ont la particularité d’utiliser les émotions positives pour gérer leur stress et ainsi dépasser leurs difficultés.

Comme nous l’avons vu, les émotions positives, en élargissant la pensée et ouvrant les possibilités d’action, renforcent les ressources de la personne, améliorent également sa santé physique et augmentent les liens sociaux, ce qui est également bien utile pour faire face à des situations stressantes.

Ils affichent une flexibilité émotionnelle plus importante avec une meilleure réponse au stress et une meilleure capacité à retrouver leur niveau d’énergie une fois la source de stress passée, ce que l’on nomme la fonction « annulation ».

 

Quel impact dans le monde du travail ?

On a pu montrer qu’un esprit positif présentait une productivité supérieure de 31% par rapport à un esprit négatif.

Dans une organisation, les leaders positifs ont tendance à emmener leurs équipes vers de meilleurs résultats. Plus résilients, ils font face aux échecs, aux pertes de marché, plus facilement, en tirant des apprentissages de ceux-ci et en rebondissant plus vite.

Ils se montrent plus confiants, plus encourageants, plus empathiques, ils génèrent plus d’enthousiasme et d’admiration.

Tout ces effets se renforçant, ils sont à l’initiative d’une spirale positive conduisant au bien-être dans leur équipe et à la performance attendue dans le monde exigeant du travail, considérant bien cette performance comme un des effets du bien-être et non l’inverse.